jeudi 4 août 2016

Conte ... Encore un festival !

Affiche du festival 2016
L'estacade de Capbreton
Encore une fois, j'avais rendez-vous avec le festival du Conte à Capbreton dans les Landes.

Cette année c'est dans les tous premiers jours d’août que la 27ème édition du festival, fait se rencontrer : les mots du conte, les histoires sans mots, les images pour accompagner les mots. Tous ces univers voisins sont présents.
Le festival se prolonge encore jusqu'à jeudi soir dans "la ville à la mer" au bord de l'Atlantique propice à toutes les évasions.



Laurent Rogero (texte, manipulation, projection)
Hier mardi au jour 2 du festival commencé la veille au soir, la matinée débutait avec une rêverie musicale pour toutes les oreilles de la compagnie Anamorphose.
Un poète nous racontait 
La petite sirène, mêlant images dites et créées en direct (grâce à son rétroprojecteur complice). Andersen dans le texte intégral accompagné d'un musicien complice qui vivaient en duo.
Un magnifique travail d'artistes Laurent Rogero et Olivier Colombel ont emporté la salle qui a vibré, tant les petits que les grands, un beau, bon moment magique.
Léandre Ribera n'a "Rien à Dire"

Une après midi à la plage puis un rafraîchissement sur la place de la Mairie et là, un artiste espagnol nous a raconté une histoire en français, son histoire "Rien à dire."
Léandre Ribera a enthousiasmé le public nombreux : enfants et parents, grands parents aussi, commerçants et serveurs... tous ont ri à son langage universel celui du mime de qualité. Ses chaussettes jaunes sont aussi nombreuse que la générosité de son jeu.

Dès la fin de cette récréation dans la ville à 19 heures "l'apéro conte" nous attendait en plein air dans un jardin public baigné par le boudigau (le canal). 
le public d' l'apéro-conte de mardi 2 août

L'apéro conte un grand classique du festival, deux conteurs nous ont fait partager leurs chemins. Elisabeth Troesler et Frédéric Naud ont conquis les 350 auditeurs rassemblés dans un gradin bien plein, les enfants et les autres.


Elisabeth Troesler
Frédéric Naud
Nous avons partagé l’histoire de "La jeune fille sans mains" revisitée par l'univers étrange et moderne d'Elisabeth Troesler, une bretonne qui aime l'eau froide du bout des pieds, 

et Frédéric Naud nous a remis en bouche avec celle d' 
"Un Bon père" polonais, affamé, aux prises avec une sorcière "gigantescobariquesque", mère d'un diable rouge, benêt venu la secourir. Mais le diable, couleur de viande crue, n'a pu résister à la nuée d'enfants sous alimentés auxquels le Bon père avait promis un vrai repas.
Extravagance, fantaisie, humour, du conte nu comme on l'aime, juste avec soi et les oreilles des présents.
D'autres rendez-vous vous attendent tout au long du festival 17 au total pour tous les goûts, tous les univers.
sur la scène d' l'apéro-conte à Capbreton le 2 août










samedi 30 juillet 2016

Les contes, le choix des enfants de cours préparatoires

La conteuse et son univers vue par Shaï
Mathilde m'écrit un petit mot gentil
2015-2016

Les 58 enfants des classes de Cours préparatoires ont choisi, et illustré leur choix.
Mais aussi, pour me dire merci, des dessins jolis...

Arsène
Gabriel



Le n° 1 cette année, arrivé premier dans les deux classes : 

La légende du Nouvel An chinois

voilà 4 sortes de dragons, tous plus beaux les uns que les autres.

Eugène

Ibrahima





en second, le conte de :

La pluie d'or de Dame Hiver (que les enfants n'ont pas représenté - mais que vous pouvez retrouver sue le blog également)




Joachim
Léonard
troisième choix qui en a inspiré plus d'un  : Le terrible bélier envahisseur et le petit oiseau qui sauvera la situation

Anaëlle
Célestine


puis les autres contes racontés dans l'année :


  • Bertine et les fées,
  • La capture du feu,
  • Le chêne de l'ogre,
  • et
  • Le chat de la Rosa,
  • Les trois nœuds,
  • Le Petit Poucet...






Un qui a oublié de mettre son nom mais
toute l'histoire y est...
Sacha qui fait bien sortir le chêne des
cendres de la maison du grand-père...

Achille

lundi 13 juin 2016

Des mots pour le dire, le conte infatigable

Petit Chaperon Rouge 1862 
peinture Isabel Naftel 
"Le conte, ce pèlerin infatigable parti de la nuit des temps, marcheur curieux de tout. Que de semelles usées à parcourir le monde. 
La terre n’a plus de secret pour lui, montagnes, ciel, océans, forêts… 
Ses semelles, il les ressemelle de bleu, de jaune, de rouge, de noir....
Peut-être pensez-vous que c’est un conte d’ici. Oh ! Que non ! Ou peut-être que si, allez savoir. 
Le "Pierre et le Loup" de mon enfance
ill; J. Guyot édit. 1957
Il apparaît ici, le temps de l’attraper, hop, il est en Chine, il est en Afrique, et nous revient avec les yeux bridés ou la peau sombre".  Edith Colas conteuse

*L'importance de la parole
Conte à rêver

Mettre des mots sur les choses. Utiliser la parole pour nommer, décrire et communiquer des événements, des émotions, des êtres et donner ainsi en pâture à l'enfant, le pouvoir et la puissance des mots.
Mettre un mot sur une peur, sur une angoisse sur une joie intense, c'est mieux la repérer et ainsi la "mettre à distance", distance nécessaire pour mieux voir arriver "le danger". C'est primitif, mais tellement naturel.
Conte en maternelle Les Joncherolles
à Saint Denis (93)
On peut reconnaître que la parole demeure un garde-fou contre le passage à l'acte de l'enfant. L'expression verbale d'une émotion, d'un sentiment, peut bien souvent lui éviter l'agression physique de l'autre, objet de sa colère.

"Une des fonctions essentielles du conte est d'imposer une trêve au combat des hommes." Daniel Pennac

L'enfant doit sentir ou ressentir quand on lui propose un conte, qu'il s'inscrit dans l'histoire de l'Homme. Que certaines histoires ont besoin d'être véhiculées à travers les générations, bien au delà de lui, bien avant lui, et bien après.
Par ce biais, il peut aller vers la conscientisation du fait d'appartenir à une globalité, qu'il s'inscrit dans un processus : celui de l'histoire de l'Humanité.

Conter à la maternelle Delaunay
à Saint Denis (93) 
A son tour, à sa manière, un jour, peut-être, il transmettra. Conter tisse du lien entre ceux qui écoutent parce que c'est de la mémoire collective faisant appel à l'Humanité dont s'agit ; et parce qu'à côté de lui un autre réagit lui aussi à l'écoute de la même histoire. Le Conte est social".

"A l'écoute d'un conte, l'auditeur n'est pas seul pour affronter ces situations terribles : il est entouré de ses amis et il s'aperçoit qu'ils ont aussi peur que lui. Il sent donc que ses angoisses sont normales et qu'elles peuvent être maîtrisées." dit Edith Montelle dans son ouvrage "Paroles Conteuses".

*Mettre le Monde en ordre
Le monde est perçu par les enfants comme chaotique. Les événements sont isolés, indépendants, non reliés entre eux. Parfois même "tout est en tout", comme un énorme magma. Ce qui explique souvent les angoisses de l'enfant face à des faits qui nous paraissent anodins.
Arbre à conter en Afrique
Le Conte et le conteur  permettent à l'enfant de mettre son monde en ordre. De relier les choses, de les ranger, à une place, pour mieux les repérer, pour mieux les retrouver, pour mieux les apprivoiser et rendre le tout moins dangereux.

Le Conte dit à celui qui écoute : "Tu n'es pas seul. D'autres avant toi ou à côté de toi ont vécu ou vivent la même chose" Il sort l'enfant de son égocentrisme pour le planter dans un tissu social.

Comme l'a montré Piaget, la pensée de l'enfant reste animiste jusqu'à l'âge de la puberté. "Ses parents et ses maîtres lui disent que les choses ne peuvent ni ressentir ni agir; il a beau faire semblant de le croire, pour plaire aux adultes, ou pour ne pas être tourné en ridicule, il sait, tout au fond de lui-même, à quoi s'en tenir".


**deux extraits du site "le conte, le conteur et l'enfant" : www.apple-paille.com  - un site où vous trouverez tout ce que vous voulez savoir ou presque sur le conte et les enfants.

Il y a déjà 40 ans en 1976 le psychiatre et psychanalyste américain, Bruno Bettelheim écrivait dans "Psychanalyse des Contes de fées"

Conte "Les Fraises en Hiver" en France, 
depuis la fin du  moyen-âge, mais aussi ...au Japon
illustré par une enfant de 6 ans
... "Les contes de fées ont pour caractéristique de poser des problèmes existentiels en termes brefs et précis. L’enfant peut ainsi affronter ces problèmes dans leur forme essentielle, alors qu’une intrigue plus élaborée lui compliquerait les choses. Le conte de fées simplifie toutes les situations. Ses personnages sont nettement dessinés ; et les détails, à moins qu’ils ne soient très importants sont laissés de côté. Tous les personnages correspondent à un type ; ils n’ont rien d’unique.
Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des histoires modernes pour enfants, le mal, dans les contes de fées, est aussi répandu que la vertu. Dans pratiquement tous les contes de fées, le bien et le mal sont matérialisés par des personnages et par leurs actions, de même que le bien et le mal sont omniprésents dans la vie et que chaque homme a des penchants pour les deux.

C’est ce dualisme qui pose le problème moral ; l’homme doit lutter pour le résoudre."

Dans "Fables et Légendes du Japon" par Claudius Ferrand - 13 fables et légendes japonaises recueillies et mises en mots par le missionnaire Claudius Ferrand en 1901. Surtout ne l'oubliez pas quand vous lisez le texte.... (nous sommes en 1901 et la morale de l'époque est lourdement assénée par l'auteur). 

Les Fraises de décembre

Il y avait une fois une veuve, qui s’appelait Faucon. Elle habitait, avec ses  deux filles, l’un des quartiers les plus pauvres de la petite ville de Naga. La  plus âgée
Contes et légendes du Japon 1901
Claudius Ferrand
des deux enfants, qui répondait au nom de Chrysanthème, n’était en  réalité que sa belle-fille, née de la première femme qu’avait eue son défunt  mari.
La veuve ne l’aimait point; elle se montrait pour elle une cruelle marâtre.  Toutes ses préférences étaient pour Rose, sa propre fille.

Faucon avait le tort, très grave chez une mère, à cause des conséquences  qu’il entraîne, de gâter une de ses enfants et de maltraiter l’autre. Autant  elle témoignait à Rose une indulgence excessive, cédait au plus petit et au plus  ridicule de ses caprices, passait par dessus tous ses défauts, autant elle était  sévère et brutale envers Chrysanthème, lui refusant jusqu’aux choses  nécessaires, et la maltraitant pour un rien.

A Rose, toutes les caresses, toutes  les friandises, toutes les attentions délicates; à Chrysanthème, au contraire,  toutes les vexations, toutes les privations, toutes les réprimandes, et très  souvent les coups. 
La première possédait de beaux habits de soie, qu’elle  changeait et ornait au gré de ses caprices; la seconde était vêtue pauvrement,  ses habits étaient d’étoffe grossière, et elle ne pouvait y ajouter aucun  ornement. C’est elle qui faisait tout l’ouvrage de la maison, se levant de bonne  heure, travaillant toute la journée, et se couchant très tard, tandis que sa  sœur faisait la grasse matinée, s’amusait tout le jour et se couchait dès  qu’elle avait sommeil.

Rose, étant une enfant gâtée, avait un mauvais caractère, elle était  orgueilleuse et méchante. Chrysanthème, au contraire, était bonne comme un ange  et douce comme un agneau. Elle cherchait à ne point porter envie à sa sœur,  acceptait sans se plaindre toutes les réprimandes, injustes pour la plupart, qui  ne cessaient de pleuvoir sur elle, ne se fâchant jamais et faisant sans murmurer  tout le travail qu’on lui ordonnait de faire.
illustration du livre de 1901

On était au milieu du mois de décembre. La neige tombait à flocons. La campagne était toute blanche et il faisait  bien froid.
Tandis que Rose se chauffait, assise sur la natte, les deux mains appuyées  sur les bords du brasero, Chrysanthème était à la cuisine, nettoyant la  vaisselle avec ses petites mains gelées.
Cédant à une brusque fantaisie, Rose appelle sa mère:
– Maman, lui dit-elle, je voudrais bien manger des fraises!
– Des fraises, ma chérie? lui répond amoureusement sa mère, mais tu sais bien  qu’il n’y en a plus! La saison en est passée. Veux-tu que je t’achète des  oranges?
– Non, maman, je ne veux pas d’oranges. Ce sont des fraises que je veux!
Et elle se met à pleurer. Une mère raisonnable lui aurait dit alors: 
– Que signifient tous ces caprices? Tu vas te taire à l’instant, ou sinon je  te donne le fouet.
Faucon n’était pas une mère raisonnable, habituée à céder à toutes les  fantaisies de son enfant elle lui répond, en caressant ses cheveux:
– Allons! ma mignonne, ne pleure pas, je vais voir s’il y a moyen de te  procurer des fraises.
Elle appelle Chrysanthème qui travaillait à la cuisine. Celle-ci accourt  aussitôt.
– Écoute, petite paresseuse, dit la marâtre d’un ton rogue, ta sœur Rose  désire manger des fraises. Va-t’en dans la campagne. Il en reste peut-être  encore… tâche d’en trouver et d’en rapporter quelques-unes.
– Mais, ma mère, se hasarde timidement à dire la fillette, il ne doit plus y  en avoir. Et puis, il fait bien froid et la neige…

Elle n’avait pas fini de parler qu’une main s’appliquait avec force sur  chacune de ses joues:
– Tiens, voilà pour t’apprendre à ne point murmurer et à obéir, quand on te  commande… M’as-tu comprise, méchante enfant ? Tu vas aller à la campagne, et de  toute façon, il faut que tu t’arranges pour rapporter des fraises. Ta sœur Rose  en désire. Allons! dépêche-toi…
Chrysanthème, dans son cœur, pensa que sa mère était bien cruelle de  l’obliger à aller, en plein mois de décembre et avec une pareille neige,  chercher des fraises dans la campagne. Mais elle ne savait pas se plaindre ni  désobéir.
Elle prit donc un panier, et toute triste sortit de la ville. Elle marcha  longtemps. La neige tombait toujours, et il faisait bien froid. Ses petits pieds  sans chaussures eurent beaucoup à souffrir…
Chrysanthème prit un panier, et toute triste, sortit de la  ville.

Elle avait beau marcher, il n’y avait pas de fraises. Aussi loin que sa vue  s’étendait, elle n’apercevait dans la campagne que le blanc manteau de neige qui  couvrait le sol, et les arbres qui en sortaient pleurant des larmes blanches.  Chrysanthème fatiguée songea à retourner à la maison. Mais elle entrevit alors  la réception qui l’attendait si elle rentrait les mains vides. Elle savait  qu’elle serait battue. Alors, toute triste et toute rêveuse, elle s’assit sur le  bord d’une pierre, après avoir, de sa manche, secoué la neige qui la recouvrait;  et ne sachant plus que faire, elle se mit à pleurer.
illustration du livre de Claudius Ferrand 1901

Chrysanthème pleurait, la tête dans les mains… Soudain elle se sent frapper  légèrement sur l’épaule. Elle lève la tête et aperçoit une femme très vieille,  très vieille, dont le corps courbé en deux s’appuyait sur un bâton.
– Pourquoi pleures-tu, mon enfant ? lui dit celle-ci avec une grande bonté  dans la voix. Chrysanthème lui raconte le motif de son chagrin et de ses larmes.
– Eh bien, ne pleure plus, reprend la vieille femme, viens, je vais te mener  à un endroit où tu trouveras en grande quantité de bonnes fraises bien mûres.

Chrysanthème, toute joyeuse, se lève, essuie ses larmes et se laissant prendre  la main, s’en va où la conduit la bonne et compatissante vieille. Elles arrivent  ainsi à la lisière du bois. Alors elles s’arrêtent. La vieille femme frappe deux  fois ses mains l’une contre l’autre. A cet appel, un homme qui paraît avoir  trente ans environ sort du bois et s’approche. La vieille se tournant vers  Chrysanthème.
– Ma fille, lui dit-elle, il faut que tout d’abord je te dise qui nous  sommes.
Je m’appelle Fuyunomikoto, je suis la déesse de l’hiver. Ce jeune homme  est mon fils. Il est le dieu de l’été et s’appelle Natsunomikoto. Puis,  s’adressant à ce dernier :
– Mon fils, voici une brave enfant qui cherche des fraises, fais qu’elle en  trouve et en emplisse son panier.
Le dieu de l’été s’incline alors profondément devant sa mère en signe de la  plus humble soumission. Puis, joignant les mains et levant les yeux au ciel, il  prononce quelques paroles mystérieuses.
Au même instant, ô prodige! la nature se transforme. La neige disparaît; la  campagne se couvre d’herbes verdoyantes, les arbres se chargent de fruits, une  douce chaleur succède au froid de tout à l’heure, la terre a pris l’apparence  qu’elle a au mois de juin. On voit en quantité de belles fraises bien mûres  répandues parmi les fleurs.

Chrysanthème cueille les fraises et ne met pas longtemps à remplir son  panier, tellement elles sont abondantes. Quand le panier est bien plein, la  fillette veut remercier ses illustres bienfaiteurs. Mais elle ne les voit plus.  Et voilà que les herbes, les fleurs et les fruits ont disparu à leur tour; la  neige couvre de nouveau le sol et les branches des arbres; la nature a repris  son apparence de tout à l’heure.
Chrysanthème se demande d’abord si elle n’a pas fait un rêve. Puis, voyant  son panier rempli jusqu’au bord de belles fraises rouges, elle comprend que le  ciel est venu à son aide, a eu pitié de son chagrin et de ses larmes. Et,  débordante de joie, elle rentre à la maison…

Faucon et Rose furent vivement surprises de voir les belles fraises que  Chrysanthème apporta. Mais, il n’y eut pour la pauvre fillette ni remerciement,  ni récompense. Elle reçut l’ordre de retourner à la cuisine continuer son  travail interrompu. Pendant ce temps, la mère et la fille mangèrent toutes les  fraises que Rose trouva excellentes.
Quand elles eurent tout mangé, Rose dit à sa mère:
– Maman, il doit y en avoir encore à la lisière du bois. Je veux y aller,  pour en cueillir moi-même.
– Il fait bien froid, ma chérie! Tu pourrais t’enrhumer. Il vaut mieux ne pas  sortir aujourd’hui. Après dîner, j’enverrai ta sœur en ramasser encore.
– Non, maman, je veux y aller moi-même, répéta l’entêtée jeune fille.
La mère devait céder, elle céda…

Faucon et Rose mettent leurs plus chauds habits, prennent chacune un panier  et sortent, sans même prévenir Chrysanthème de leur départ. Elles se dirigent  vers la lisière du bois. Elles marchent longtemps. Mais il n’y avait plus de  fraises. Elles voulurent rentrer et ne retrouvèrent plus leur chemin.  Chrysanthème attendit jusqu’au soir leur retour. Puis, comme elles ne revenaient  pas :
La jeune fille à la robe de papier seule dans la neige
dans le conte "Les trois nains de la forêt"
– Elles seront peut-être allées à la lisière du bois! se dit-elle.

Et, toute tremblante, elle sortit et alla à leur rencontre. Quelle ne fut pas  sa surprise et sa douleur de les trouver toutes les deux étendues côte à côte  dans la neige!… Faucon et Rose avaient perdu leur chemin et étaient mortes de  froid.


Et dans le conte de Grimm "Les Trois nains de la forêt" on  retrouve parmi d'autres, des éléments semblables
.... l’épouse devient jalouse de sa belle-fille. Un jour d’hiver, elle envoya sa belle-fille, habillée d’une robe de papier, et lui ordonna d'aller chercher des fraises en forêt. 
En chemin, elle aperçut une cabane où vivaient trois nains.... elle accepta de partager son maigre repas et de balayer la neige à la porte de derrière.
Dès qu’elle fut dehors, chaque nain lui accorda un don pour la récompenser... Quand la jeune fille revint avec les fraises , la belle-mère fut surprise, et ce, d’autant plus qu’une pièce d’or tombait de sa bouche dès qu’elle parlait...

La demi-sœur fut jalouse, c’est pourquoi, elle voulut se rendre aussi dans la forêt. Elle fut si désagréable avec les nains qu’elle rencontra qu’elle en reçut trois punitions...  



samedi 7 mai 2016

L'Univers de Marianne... un crayon pour le conte !


Marianne Barcilon et son univers
Chaperon Rouge
J'aime vous présenter l'univers plein de poésie, de drôlerie d'espièglerie de  Marianne Barcilon 


illustratrice de livres pour les enfants, je crois pour son plus grand bonheur et le nôtre. 
Le charme de ses dessins touche l'univers des enfants avec délicatesse et efficacité.

Elle garde la fraîcheur de l'enfance pour croquer ses personnages au service du conte et fait vivre pour les plus jeunes :
le Chaperon rouge, Cendrillon, Hansel et Gretel, Blanche Neige et les Trois petits cochons et tous les autres personnages auxquels elle donne vie.
Les sept nains découvrent Blanche Neige endormie...
"Miroir mon beau miroir, qui est..."
La belle-mère de Blanche Neige

Quand on lui demande : "Qu’avez-vous conservé de votre enfance ?"  elle répond :
"Ben… Presque tout en fait, à part que j’ai grandi, puis vieilli bien sûr, mais au fond, je ne me sens pas très différente de la petite fille que j’ai été"...
"Dessiner est une passion de toujours, j’ai toujours aimé dessiner depuis toute petite. C’est aussi le hasard de la vie ... qui a fait que ça a pu devenir mon métier."
Elle utilise le crayon et l'aquarelle et pense aux enfants qu'elle doit faire rêver quand  elle croque un nouveau personnage dans un style résolument moderne. 
Chaperon rouge rencontre le loup
On la retrouve dans de nombreux livres des éditions jeunesses : Ecole des Loisirs, Kaléidoscope, Lito... Allez la rencontrer...Quelle nous fasse encore rêver longtemps !
Attention le loup !


Marianne Barcillon est illustratrice de livres pour la jeunesse est diplômée des beaux arts de Cergy-Pontoise et de Bordeaux elle a étudié le dessin animé à l'Ecole des métiers de l'image à Paris. Elle a, avant de devenir illustratrice, réalisé des effets spéciaux pour le cinéma et la publicité pendant cinq ans. Et sans le regretter, elle a laissé ce monde pressé pour illustrer de nombreux livres pour enfants, des contes et des auteurs notamment Christine Naumann-Villemin ou Émilie de Turkheim et d'autres encore.
Depuis 2002, elle a fait vivre 28 livres pour les enfants de 1 à 6 ans. 

Le site de Marianne Barcilon : http://www.mariannebarcilon.com/ 








mardi 19 avril 2016

Les contes merveilleux du monde entier ont une origine commune.

Depuis l'histoire la plus ancienne et les pays les plus éloignés de nos contrées, on est frappé de voir des éléments identiques dans les contes merveilleux d'origines très différentes.
"Mille et une Nuits" par  Vittorio Zecchin (1878-1947)musée d'Orsay
(*)Les contes merveilleux de tous les pays parlent de la difficulté de trouver sa vraie place, celle de s'imposer dans la vie, de la rivalité entre les humains et tout spécialement entre frères et sœurs, du manque de communication entre les parents et les enfants. On y parle des difficultés de la vie au quotidien, des problèmes à surmonter, mais aussi du mariage et de ses aléas, des héritages et de la mort.

Petit Poucet
version Hélène Delval
Dans les contes on raconte des histoires qui satisfont notre besoin de rêver. Le héros trouve une manière  de surmonter les obstacles avec son intelligence et l'aide inattendue d'un objet, d'une fée, d'un don ou d'une parole. 
Intelligence, astuce et ruse transforment les situations périlleuses en dénouements heureux.
Quand les "méchants" triomphent, ce n'est que provisoire. Les punitions viendront châtier ceux qui ne respectent pas les règles.
Les méchantes sœurs dans Cendrillon
version Marianne Barcillon
Les contes rétablissent la justice qui fait souvent défaut dans la vraie vie. L'espoir n'est jamais perdu.
N'est-ce pas réconfortant ? C'est un formidable encouragement à vivre.

Depuis l'ancienne Egypte, devant les points communs des contes merveilleux du monde entier dans toutes les époques, abordant les mêmes thèmes avec des moyens magiques comparables, on peut se questionner sur leur origine commune : racontés oralement de générations et générations, de pays en pays avant de finir par être couchés sur du papier comme nous les connaissons maintenant.

Le conteur suscite la curiosité de son auditoire, il doit enchaîner les événements et aller droit à la compréhension du récit en entretenant le suspens.
(*) dans Contes féeriques et merveilleux de Sophie Valle 1982 chez Hatier classiques)

Cendrillon
version Marianne Barcillon
... Tout d' abord, les contes ne sont pas seulement transmis «verticalement» des populations ancestrales à leurs descendants mais aussi se propager «horizontalement» entre les sociétés contemporaines à la suite des échanges, la conquête et la diffusion de textes littéraires, profondément perturbant les motifs concentriques nettes de patrimoine commun.


Pour illustrer mon propos, LE POT ENCHANTÉ  un conte de l' Egypte ancienne transmis jusqu'à nous par Yacoub Artin Pacha (1895), conte d'influence persane, n'y trouve t'on pas des similitudes troublantes avec notre européen "Cendrillon."

Trois sœurs vivaient ensemble. Elles filaient du lin et gagnaient leur vie en commun.
La plus jeune était aussi la plus adroite, elle filait toute seule plus que les deux autres ensemble, et de temps en temps achetait de son propre argent quelque chose pour elle-même.
Algérienne - François Portaels
(1818-1895)
Un jour qu’elle revenait du marché avec un vieux pot en albâtre, ses sœurs aînées se mirent dans une violente colère et pensèrent la maltraiter pour ses extravagances.

Mais le pot était enchanté et la jeune fille n’avait plus besoin de garder l’argent qu’elle gagnait, car, si elle voulait manger, son pot en albâtre la nourrissait, si elle voulait s’habiller, son pot lui fournissait des vêtements ; en un mot, pas un vœu que le pot n’accomplît.
Craignant la jalousie de ses sœurs, elle faisait semblant de vivre de ce que ses aînées lui donnaient : de leurs restes, et de s’habiller de leurs vieilles nippes ; mais quand elle était seule, elle se dédommageait, en ayant recours au précieux talisman qu’elle possédait.

Un jour qu’il y avait une grande réjouissance à la Cour, on invita les trois sœurs, car elles étaient des demoiselles de condition et fort présentables, quoique pauvres.
Les deux sœurs aînées se parent de ce qu’elles ont de mieux et vont au palais, en laissant leur cadette à la maison pour la garder.

Dès qu’elles sont parties, la troisième sœur demande à son pot en albâtre un costume vert, rouge et blanc, des bijoux étincelants et tout ce qu’il faut pour faire bonne figure à la fête.
Ainsi attifée, elle va au Palais ; personne ne la reconnaît, pas même ses sœurs, tellement elle est éclatante de beauté ; elle fut, pour ainsi dire, la reine de la fête.

bijou de pieds
Quand elle voit que la soirée tire à sa fin, elle se sauve, mais, dans sa précipitation, en traversant la cour du palais, elle laisse tomber un de ses bracelets en diamant* dans l’auge remplie d’eau où on menait s’abreuver les chevaux du roi.
Le lendemain matin, lorsque les chevaux vont à l’auge, aucun d’eux ne veut en approcher et tous reculent effrayés. Les palefreniers visitent l’auge et y découvrent le bracelet en diamant qui, par l’éclat de ses feux, effrayait les chevaux.
Le fils du roi, qui était présent, considère l’objet et déclare à son père qu’il veut se marier avec la femme à qui appartient ce bracelet.

Des huissiers parcourent toute la ville pour trouver l’heureuse propriétaire du bracelet.
Après quinze jours de vaines recherches, on finit par arriver à la maison des trois sœurs, on essaye le bracelet sur le poignet de chacune d’elles et on constate qu’il s’ajuste à ravir sur celui de la cadette.  Le mariage est annoncé et les noces commencent.

Le dernier jour, après que la jeune fille eût pris son bain, ses sœurs la coiffèrent et lui enfoncèrent dans la tête de grandes épingles en forme d’aigrette.
Dès que la coiffure magique fut terminée et que la dernière épingle fut enfoncée, la jeune fille se transforma en tourterelle avec une houppe sur la tête et s’envola à tire d’ailes par la fenêtre.
Tous les jours elle venait se poser sur la fenêtre de la cuisine du roi et roucoulait tristement. Le roi avait donné ordre de la faire prendre vivante. Enfin, un jour on parvint à l’attraper et un magicien qui se trouvait pour lors à la Cour pour soigner le jeune prince qui se mourait de consomption et d’amour, reconnut sur la tourterelle le talisman.

Il enleva délicatement les épingles et, lorsqu’il retira la dernière, la tourterelle redevint jeune fille.
Le prince reconnaissant sa fiancée fut guéri aussitôt et depuis ils vécurent heureux et contents. La princesse pardonna à ses sœurs et les pourvut de dot et de mari.

*En Egypte, dans les appartements, les femmes vont nu-pieds, la pantoufle de Cendrillon est remplacée par le bracelet du poignet, et dans d’autres contes analogues par le bracelet de cheville.

La beauté dans l'ancienne Égypte
Dans "Contes populaires inédits de la vallée du Nil" en 1895 Yacoub Artin Pacha historien et collecteur Egyptien  écrivait dans son préambule il y a plus de 120 ans : 

lorsque  j’ai commencé à m’occuper de la question des Contes populaires en vogue de nos jours en Égypte, j’ai d’abord été frappé de la grande variété des thèmes sur lesquels conteurs et conteuses brodent à l’infini.
Je n’ai pas tardé à m’apercevoir que les invasions successives de l’Égypte, depuis des milliers d’années, par des peuples de civilisations et de provenances si différentes donnaient une explication très rationnelle de cette fécondité et de cette diversité dans l’imagination des enfants de la vallée du Nil. 
Les contes populaires en Égypte rentrent dans quatre groupes principaux :

**Dans le premier groupe se trouvent les contes qui ont été introduits en Égypte à la suite des immigrations des peuples de l’Asie. On y relève l’influence syrienne, mésopotamienne, turque et surtout persane, dont la civilisation, depuis l’antiquité, depuis l’ère musulmane surtout et jusqu’à nos jours, a été constamment dominante dans toute cette partie de l’Orient.
Jeune Orientale
 en 1880 Félix Barrias
On peut rattacher à ce groupe les contes où les dives, les djinns, l’esprit du mal et l’esprit du bien, Dieu et Satan, les anges et les démons, jouent un grand rôle. La croyance fondamentale de ces contes est la croyance manichéenne. Dans tous ces contes, les femmes sont blanches comme le lait et belles comme le soleil ou la lune ; leurs noms sont choisis de préférence parmi des adjectifs persans indiquant une qualité physique ou morale.
Ces contes ne s’entendent généralement que dans les villes, et, le plus souvent, ils sont narrés par des personnes de provenance étrangère, ou ayant, à quelque degré que ce soit, des liaisons avec des familles asiatiques, ou bien encore descendant d’esclaves blancs des deux sexes d’origine asiatique.
**L’influence grecque ou européenne, qui donne origine au deuxième groupe, se dénote par l’introduction dans les contes, d’animaux tels que la chèvre, le bouc, le paon, etc., presque tous des animaux sacrés du paganisme qui, chez les Chrétiens, et, par suite, chez les Musulmans, sont devenus des animaux immondes ou enchantés, voués à l’Esprit du mal. Rarement ces contes finissent sans l’intervention d’un animal dont on peut rattacher l’origine à celle de son congénère du Panthéon grec ou romain. 
bracelet de cheville égyptien
**Le troisième groupe est celui qui nous vient des Arabes nomades, des Juifs et même des Berbères des déserts de l’Ouest, c’est-à-dire des Sémites en général. Ils sont toujours à tendance, en ce sens qu’ils se rapportent à une pratique qui est devenue religieuse. 
Ainsi des contes entiers roulent sur la circoncision, sur la répudiation, sur le pèlerinage, etc. En général aussi, lorsque, pour les besoins de la cause, quelqu’un doit intervenir, c’est toujours Dieu, l’Unique, le Très-Haut, le Tout-Puissant, etc. Il y a aussi des qualités et des défauts, des vertus et des vices qui forment la base de ces contes, ce sont : la patience, la bonté, la douceur de caractère, etc.; la colère, l’envie, la méchanceté…
**Le quatrième groupe nous vient des Nègres de l’Afrique centrale.
Ici, le rôle principal échoit à la Goule. Qu’est-ce que la Goule ? Il est bien difficile de le définir : c’est un être complexe ; elle est tout et n’est rien. Le Nil, qui submerge tout un village et noie hommes et animaux, est la Goule. Le chasseur d’esclaves, qui attaque un village, en tue les hommes et en enlève les enfants, est la Goule. La Goule est l’hippopotame monstrueux, le crocodile féroce.....Elle est terrible, elle est impitoyable : les contes où
elle figure ne parlent que du sang versé, de rapts, de vols et de massacres. En général, les contes de ce groupe sont propagés par les esclaves nègres des deux sexes.
**Outre ces quatre groupes de contes dont on peut retrouver les origines que nous venons d’établir et qui pour l’Égypte de nos jours me semblent exactes, il y a aussi ceux dus à l’influence des Mille et une Nuits des contes d’Antar, d’Abou-Zeid El-Hilali et d’autres contes publiés ou écrits, qui alors se mêlent aux contes inédits et peuvent dérouter les observateurs les plus sagaces et les plus patients". 
Il arrive souvent que des contes rentrant dans les quatre premières divisions que j’ai établies, et dont l’aspect et l’ordonnance générale indiquent la provenance étrangère, se trouvent être transformés en contes ayant absolument le caractère de ceux que j’ai appelés autochtones, et même de ceux écrits, tirés des Mille et une Nuits, ou d’autres recueils analogues.
Il faut en chercher la cause dans la tournure d’esprit, le caractère et les penchants des Égyptiens et surtout dans l’aptitude qu’ont tous les peuples à s’approprier et à adapter à leur langue, à leurs mœurs et à leurs usages tout ce qui leur plaît chez les autres nations.
C’est aussi dans les contes de ce genre qu’il faut rechercher les réminiscences de l’antiquité....."

Contes populaires inédits de la vallée du Nil - J. Maisonneuve et Cie, libraire-éditeurs.